17 août 2017
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Pas Du Tout Seul Au Monde

Du monde dans l’eau !

A moins de surfer dans des régions isolées ou dans lesquelles les conditions sont extrêmes (et encore…), vous avez certainement remarqué qu’il est rare d’être seul à l’eau pour profiter de belles conditions.

Le surf, animé par une tradition de partage, n’a pas la vocation à isoler les surfeurs mais lorsque le nombre de vagues devient inférieur au nombre de surfeurs pour une session donnée, on peut parfaitement comprendre que le stade du « trop de monde à l’eau » ait été franchi. A moins que certains ne soient venus observer les autres ou faire de la figuration, mais j’en doute.

Combien de surfeurs sur une même vague ?

La règle de priorité est assez récente et fait parti du surf moderne. Elle stipule principalement que le surfeur qui est le plus proche du déferlement possède la priorité sur les autres surfeurs qui voudraient à leur tour se lancer sur la même vague. Cette règle, qui nous rappelle notre bon vieux code de la route, a été mise en place afin que le surf se pratique dans de bonnes conditions et avec un maximum de sécurité. C’est une règle et comme toute règle, elle possède des interprétations diverses et variées. Ainsi si un surfeur part bien après un autre, mais qu’il se trouve plus proche du déferlement, possède-t-il la priorité ? Normalement, non…

Quoiqu’il en soit, le surf qui pendant des millénaires était une tradition de partage, de plaisir et de communion, est passé dans le domaine de la consommation. Avec un nombre de plus en plus important de pratiquants et en l’absence d’une réelle éducation, un grand nombre de surfeurs se retrouvent au beau milieu de l’océan pour tenter de prendre des vagues sans vraiment faire attention à ce qui se passe autour d’eux.

Les surfeurs qui s’élancent sont obligés de se signaler en criant (le fameux « yep yep »). Ils se transforment en surfeurs de « Super G » dans lequel les piquets ou les portes sont remplacés par les autres surfeurs qui tentent de rejoindre le line up ou qui traînent sans imaginer une seule seconde qu’il est dangereux et sans intérêt de rester dans cette zone.

Cependant, il est toujours possible de partager une vague à plusieurs lorsqu’il n’y a aucun danger. Cette pratique est courante sur certains spots de grandes planches. Une vague dans l’absolu, n’appartient finalement à personne et c’est notre société qui a créé des règles. Si vous souhaitez partager une vague, assurez vous d’être à bonne distance des autres surfeurs, soyez sûr de votre équilibre et de votre maîtrise de la planche, et faites en sorte que les surfeurs déjà présents sur la vague ne modifieront pas leur trajectoire pour vous éviter. Enfin, dès que les conditions sont plus difficiles, abandonnez cette idée car il en va de la sécurité de tous.

S’il vous vient à l’idée de partager une vague, faites un geste amical aux autres surfeurs, soyez heureux et assurez vous que les autres surfeurs ne sont pas tendus. Si vous sentez que l’ambiance est électrique, que vous entendez des cris réguliers, que le surf semble être radical, ce n’est pas une bonne idée.

Un petit problème mathématique

A partir de quel moment peut-on considérer qu’il y a trop de monde sur un spot ? En fait cela va dépendre des conditions météo, du spot, de la qualité des vagues, et même de sa propre forme physique. Certains pensent qu’à partir de 2 surfeurs, c’est déjà trop. D’autres, même avec 150 surfeurs autour d’eux, vont tout de même passer un bon moment. Il faut voir les choses différemment en ne se basant pas exclusivement sur le nombre de surfeurs.

Hypothèses

Imaginons qu’une session de deux heures se déroule dans des vagues régulières d’1m50 qui ont une période de 10 secondes. A partir de combien de surfeurs peut-on considérer que le spot est surpeuplé ?

Solution

D’après les hypothèses, sur ce spot une vague déferle toutes les 10 secondes (période) et chaque vague possède un potentiel suffisant en terme de surf (régularité). Autant dire qu’on se trouve dans une théorie quasiment impossible mais continuons. En deux heures, il y aurait donc 720 vagues surfables (6 par minutes). Si 10 surfeurs se trouvent sur ce pic parfait, aucun problème, il y a assez de vagues pour chacun. Si 50 surfeurs se trouvent dans la zone, en deux heures, il reste donc 14 vagues par surfeur ! Pour 100 surfeurs, 7 vagues et pour 200 surfeurs, 3 vagues !

Sachant que j’ai imaginé une session idéale, si on considère désormais :

  • que sur certaines vagues il existe un obstacle qui empêche le take-off (autre surfeur par exemple);
  • que la marée transforme la vague la rendant plus ou moins régulière;
  • que des séries qui décalent au large ne sont pas surfées;
  • qu’il faut prendre en compte le fait que des bodysurfeurs, des bodyboardeurs, des longboardeurs, des stand-up paddle et des paddleboard se côtoient;
  • que des zones de baignades surveillées sont interdites aux surfeurs;
  • ….

On obtient un nombre de vagues par surfeur et par session bien en dessous de notre session idéale.

En réalité, il n’y a pas de règle et donc pas de solution toute faite à ce problème. Dans les grosses conditions, il est possible de faire une très bonne session en ne prenant qu’une seule vague, ce qui est déjà un défi physique réussi. Dans des petites conditions régulières, il est possible de dépasser 100 vagues par session.

Cette petite parenthèse ayant été ouverte, je la referme car faire des maths lorsque l’on parle de surf n’est pas forcément toujours approprié. Le surf n’est pas une question de nombre de vagues mais l’on voit bien que se mettre à l’eau en espérant prendre des vagues alors même que chaque surfeur ne va en prendre qu’une ou deux en deux heures à cause du monde, n’est pas forcément une bonne idée.

Le bon sens reste le choix le plus judicieux

Si votre vie est guidée seulement par la logique mathématique, vous pouvez toujours essayer de vous pointer avec votre calculatrice devant un spot et commencer à réaliser une étude statistique afin de savoir s’il est judicieux ou non de vous mettre à l’eau. Par contre n’oubliez pas d’associer à votre résultat « du nombre de vague que vous devriez surfer en un temps donné », une incertitude qui sera plus ou moins forte en fonction de votre expérience et de vos connaissances du spot devant lequel vous vous trouvez.

Il existe également d’autres méthodes telles que solliciter les esprits, faire des séances de spiritisme, lire son horoscope, consulter une voyante. Personnellement, je pense que le bon sens doit suffire.

Si vous constatez que la densité de surfeur au m² est bien trop importante, vous pouvez renoncer ou mieux, reporter votre session. Regardez également combien de surfeurs prennent des vagues; si les vagues ouvrent; si les surfeurs sont constamment en train de slalomer. Se jeter à l’eau, c’est rajouter un surfeur de plus sur un spot déjà surpeuplé.

N’hésitez pas non plus à vous diriger vers une vague de moins bonne qualité mais qui au final vous permettra de passer un meilleur moment. Il existe en effet souvent des reformes ou des pics qui bizarrement, sont laissés à l’abandon alors que 30 mètres plus loin, c’est « la Chine ».

Soyez plus malin que les autres, ou en tout cas n’ayez pas peur de tenter une session à un horaire improbable ! Déjouez les prévisions ! Il arrive qu’un spot qui n’a pas pour habitude de fonctionner dans des conditions particulières se mette à fonctionner le temps d’une session pour ces mêmes conditions. Si vous êtes le petit chanceux qui avait soupçonné cette possibilité, vous ne le regretterez pas. Attention cependant car « le monde attire le monde ». En résumé, a peine vous serez vous mis à l’eau et aurez pris une belle vague que d’autres surfeurs vous rejoindront. 1 ou 2 pour commencer puis 10, 15, 30… Tout dépend là encore de la qualité de la vague.

Les dérives de la surpopulation

La surpopulation, si l’on peut désigner ainsi un trop grand nombre de surfeurs sur un spot, entraîne des comportements de protection. Intimidations, agressions, insultes, localisme de manière général. Ces comportements sont bien entendus indignes de tout surfeur mais peuvent être expliquées par la volonté de protéger un spot des envahisseurs. L’âme du surf dans ce cas a totalement disparu. Si vous avez un doute sur le lieu ou les personnes qui le fréquentent, le mieux est malheureusement de faire demi-tour. En cas d’agression, il ne faut pas hésiter à porter plainte et à prendre des photos pour preuve. Les agressions sont rarement physiques mais il est possible que vous retrouviez de la wax sur votre pare-brise ou des pneus crevés, surtout sur des spots isolés.

Si ces comportements extrêmes comparables à du racisme et à de l’intolérance sont hautement condamnables, il est clair que la mauvaise éducation donnée aux surfeurs que ce soit par des marques, des surfshops, des écoles de surf, … ne va pas arranger les choses. Malheureusement, le profit étant lié désormais à la pratique du surf, l’image du surfeur solitaire, écolo, respectueux des autres et de la nature n’est qu’une image publicitaire loin de la réalité.

Et Tom HANKS dans tout çà ?

Dans « Seul au Monde », Tom Hanks se retrouve pendant plusieurs années sur une île déserte. Et alors qu’aujourd’hui tous les surfeurs tentent de s’isoler des autres, lui tente de retrouver son quotidien fait de milliers de personnes, de téléphones, d’ordinateurs, d’embouteillages … Un paradoxe ?

Tom Hanks dans le film n’est pas surfeur et ne soupçonne même pas le potentiel des vagues qui se brisent sur la barrière de corail mais s’il l’était, serait-il tout de même heureux de vivre seul et de ne partager ce moment avec personne d’autre ? Pour ceux qui pensent que oui, il ne leur reste plus qu’à dénicher un coin perdu et à le garder secret. Pour les autres, il faudra vous y habituer. Vivre avec le monde, cohabiter. En espérant que des messages d’éducation soient donnés aux pratiquants avant qu’un réel problème n’entache définitivement ce qui devrait ressembler à une tradition et à un plaisir et non pas à de la simple consommation.

D’ailleurs, le surfeur reste frustré après une session en solitaire et le fait de ne pas l’avoir partagé sur le moment l’oblige à la partager après coup par le biais de photos diffusées sur Internet par exemple. Il est pris au piège entre l’essence même du surf qui tend à partager ce plaisir avec les autres, et les dérives d’une croissance incontrôlée et non encadrée.

Enfin, il n’y a pas que les surfeurs qui créent des embouteillages à l’eau :

Sean Davey)

Informations Pratiques :

Informations Santé :

  • Porter un casque peut s’avérer très judicieux surtout lorsqu’il y a du monde à l’eau. Plus d’informations sur : surf-prevention.
  • Si vous pensez qu’il y a déjà trop de monde, faites comme un célèbre café : ce n’est pas la peine d’en rajouter !
  • En cas d’absence totale de monde, méfiez-vous également surtout si vous êtes débutant et que vous ne connaissez pas le spot. Il peut s’agir d’un danger lié au lieu (courant, rocher, animaux dangereux, …) ou un problème de pollution.

Vidéos

Même les pros ne donnent pas le bon exemple ! Rizal Tanjung grille la priorité puis se fait taxer par Jamie O Brien. Rizal et Jamie finissent par se percuter !

Liens

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